Poser la question c’est admettre qu’on attribue un sens bien particulier au terme d’ouvrier.
En effet, pourquoi ne pas avoir écrit « existe-il encore des salariés ? » comme si à l’intérieur de cette catégorie, les ouvriers occupaient une place à part. A ma connaissance, les moyens de productions étant entre des mains autres que celles qui les produisent, chaque salarié contribue, selon ses capacités, au développement de richesses sur lesquelles il n’a aucune prise : Travailleur manuel ou non, ouvrier ou non.
Je ne connais rien au monde de l’usine, cela ne m’empêche pas d’avoir connu le monde ouvrier, non pas à travers les livres, mais en vivant dans un milieu de femmes qui cousaient pour les fournisseurs des grands magasins parisiens. Le fournisseur dessinait, concevait le modèle, un entrepreneur distribuait l’ouvrage, les ouvrières cousaient, puis repassaient l’ouvrage à une finisseuse qui, son nom l’indique, terminait les pièces, en ourlant et faufilant. Bien entendu, l’entrepreneur ne traitait qu’avec les couturières qui rémunéraient les finisseuses indispensables compte tenu des délais de livraisons qui étaient imposés. Ainsi, les grands magasins parisiens faisaient travailler une population ouvrière exploitée par d’autres ouvriers.
Je tiens à préciser que cette catégorie de travailleuses n’était pas marginale : dans le 20ème arrondissement de Paris, les vieilles dames n’avaient pas de pension, car elles avaient travaillé bien avant 1936, les plus jeunes pouvaient élever les enfants tout en travaillant à domicile.
Ouvrières certainement, pour faire court disons prolétaires.
Monique