La consommation

Drôle de chose que la consommation, qui va en ayant l’air de s’accroître mais qui, de fait, va au détriment des ressources familiales pour réaliser diverses tentations dont l’impossibilité financière de les conclure engendre une inquiétude diffuse sur l’avenir, en général.

 

Lorsque je compare l’énormité des poubelles actuelles de chaque ménage à celle des années 60 je me dis «  quel gâchis ! « .

Toutes ces publicités, même pas feuilletées, partant directement aux ordures, ces affichages monstrueux dans les villes et au bord des routes, ces tapages à la télévision, ces encarts dans les journaux, ces lettres de banques me promettant de pouvoir posséder tout, tout de suite, je me dis « quel gâchis ! « 

Lorsque je compte combien ai-je de cartes de crédit me donnant droit d’acheter n’importe quoi sans sortir de l’argent sonnant que je n’ai que virtuellement, je me dis « quel gâchis ! «

Lorsqu’un catalogue arrive sous mes yeux, bien présenté, me disant que je suis la meilleure cliente et que c’est marqué  là : je vais gagner le chèque de x euros et vais recevoir le cuit –vapeur qui m’est réservé ( à condition que ma commande soit supérieure à y ) me donnant droit également à un envoie en colissimo gratuit, pourquoi m’arrive-t il de succomber dans un moment d’égarement ? « Quel gâchis « ! Les asperges seront pourtant tout aussi bonnes en les cuisant dans l’eau du robinet !

Lorsque je veux offrir à ma petite fille, un joli corsage, il faut qu’il soit exactement de la marque que les copines de lycée en portent, au risque de ne pas faire plaisir du tout si je ne me plie pas à cette nouvelle coutume des marques. Alors, je me dis «  quel gachis ! «

 

Et voilà qu’à côté de cela, dans la balance, trois phénomènes m’apparaissent .

D’abord, autrefois, j’ai vécu longtemps sans machine à laver, télévision, foie gras et falbalas . On changeait de vêtement à Pâques et à la rentrée des classes. Point à la ligne et on ne s’en plaignait pas. On ne savait pas qu’il y avait un autre monde qui pouvait faire autrement.

Ensuite, tout le monde travaillait, même les femmes ( surtout les femmes ! ) et même les enfants. Evidemment c’était très dur mais on avait des certitudes d’avenir.  On consommait de l’énergie en masse et on ne consommait pas ce que l’on n’avait pas et ne connaissait pas.

Enfin, on était beaucoup plus libre vis à vis de la consommation. Nos choix étaient délibérés, en fonction de nos réels moyens et de la petite panoplie de l’offre, par rapport à celle de maintenant.

 

Je ne veux pas dire qu’hier c’était mieux. Non, je veux seulement marquer qu’il fallait moins de force pour résister au flot dévastateur de la variété de production qui ne profite qu’à quelques nantis qui se nourrissent grassement sur la laine d’un troupeau apeuré et que l’on entretient dans l’inquiétude du lendemain en badigeonnant tout cela d’une peinture variable et attrayant pour mieux en extraire les sous. Le miroir aux alouettes en quelque sorte.

 

Bien que ce soit difficile de se laisser aller à l’illusion que donne la possibilité de consommation sans limite, le fait d’y résister est une victoire de survie. Alors, résistons !

Mais ce serait trop simple. Gare ! Si on ne consomme plus, le chômage va augmenter !

 

Jacqueline