Je connais beaucoup d’ouvriers et encore plus d’ouvrières. C’est à dire des gens qui travaillent dans des PME ou de grandes entreprises et usines. Tous exécutent des tâches dures, difficiles, délicates, dangereuses, à des rythmes imposés de plus en plus rapides qui entraînent des licenciements s’ils ne peuvent plus suivre les cadences accélérées et compétitives. Certes, les apparences des locaux, du matériel, et de tout ce qui fait " l’emballage " sont généralement, mais pas toujours, plus pimpants qu’autrefois.
Cependant les contraintes physiques et morales sont très présentes bien que camouflées. L’incertitude de l’avenir, l’ombre du chômage planent constamment ou s’abattent sur tous ces gens soit en obscurcissant l’avenir soit en les mettant parfois devant le fait accompli. Fermeture, délocalisation remettent en cause tout un équilibre de vie familiale et personnelle Et ce ne sont pas les compensations financières et les propositions de formation et de reconversion qui vont les mener bien loin. Personne n’a d’ailleurs d’illusion là dessus.
Mais la classe ouvrière, en tant que classe existe-t-elle toujours pour autant?
Je ne le pense pas. Elle a été morcelée par le principe du" diviser pour régner ". Ceux qui détiennent le pouvoir économique et financier ont été, en cela, relayés par les partis politiques.
Tout a commencé par l’institution du travail à mi-temps. Quoi de plus social en apparence que cela ? Certes il était avantageux et agréable de ne travailler qu’à mi-temps pour des raisons personnelles. Miroir aux alouettes. Car sur le plan de la cohésion de la pensée et de la réactivité de la force de la classe ouvrière, ce fut le coin enfoncé dans l’unité. Plus du tout de temps pour se voir et se causer, suivre les dérives, commenter en 10 mn les égratignures, s’organiser pour en parler au leader et réagir. Plus de projet d’amélioration profonde à mettre sur pied, de revendications orientées et guidées.
Peu à peu la classe ouvrière a été morcelée. L’unité de la pensée, la réflexion et l’action de classe ont disparu perdant ainsi de leur force de puissance devenue trop redoutable.
Les syndicats eux mêmes ont perdu de leur importance et n’ont pu réaliser que moins d’actions coordonnées. La force de puissance de la classe ouvrière étant devenue un danger trop redoutable, elle a été éliminée
Cependant, maintenant, il reste des mouvements isolés qui s’expriment par des actions revendicatives dispersées. Mais la force collective de classe n’existe plus. Car dans ces soubresauts, c’est en fait du chacun pour soi.
Il faut dire qu’au regard des autres classes quelles soient agricole, administrative, bourgeoise, patronale, intellectuelle et autres, la classe ouvrière est en déliquescence .Å cela de nombreuses causes. Manque de figure charismatique peut- être ? Manque d’écoute des réflexions personnelles ? manque de flexibilité par rapport à l’évolution des méthodes, des qualifications, des conjonctures ?
Il en est ainsi d’autant plus que la notion de travail en tant que valeur a été détruite petit à petit. Petits boulots, CDI, CDD, TIG, sous-traitance, travail temporaire et autres cache misère, à plus ou moins long terme, ont eu raison de l’esprit de classe des travailleurs ouvriers.
Seule persiste une classe mondiale qui se partage tous les moyens de production, très réduite et vivant d’un objectif commun inébranlable : le profit. Cette classe là tire les ficelles du « jeu des travailleurs « avec une grande facilité.
En conclusion je pense cependant que si la notion de classe ouvrière a disparu, on peut constater la reconstruction d’une classe plus large de mécontents et de revendiquants de leur droit d’exister dignement. Seule, la présence de chefs trop nombreux et ne visant que des intérêts très variés empêche, pour le moment, la construction d’une force ouvrière fédérée.
Jacqueline