Argent, honteux….?


La notion d’argent est extrêmement subjective de la part de celui qui en parle et de la part de celui qui en entend parler. C’est une valeur chargée d’affectivité.
Donc il est bien difficile de parler de l’ “Attitude vis à vis à vis de l’argent”

Cependant, il me semble qu’il y a, dans ce problème, une seule constante qui est la suivante.
Le fait de n’ avoir pas du tout suffisamment d’argent pour faire face aux besoins les plus élémentaires de survie pour soi même et surtout pour ses enfants est vécu comme un manque insupportable et infament. Cela peut conduire à des attitudes variées qui vont de l’acceptation fataliste, brisant tout essai de s’en tirer, jusqu’au actions délictueuses ou criminelles, en passant par le suicide personnel assorti de l’assassinat préalable de la famille proche.

En dehors de cette situation extrême, diverses considérations existent en nombre incalculable et certaines, non soupçonnées. On peut même dire que chaque cas est un cas.

Il me vient à l’esprit quelques exemples
_ Le fait d’avoir autant d’argent que l’on veut est moins rare que l’on ne le croie. Ce n’est pas parce que l’on est extrêmement riche que cela se voit.
L’argent appelle l’argent.
Ceux qui n’ont rien à faire pour posséder beaucoup, ne comptent, parfois, même pas leur fortune. En gros, eux même ou leur chargé d’affaire le savent et cela suffit. Il arrive que ce ne soit qu’à l’occasion d’un énorme inconvénient qu’ils prennent conscience de leur richesse et soit ramenés à la réalité. Certains de ceux là sont radins comme il n’y a pas! Les serviteurs des grands hôtels en savent quelque chose. D’autres sont d’une largesse insultante.

Ceux qui gagnent leur argent à la sueur de leur front, sont susceptibles d’avoir des impulsions vengeresses et incontrôlables.

Ceux qui vivent assez bien de leur argent, se trouvent toujours des dépenses à faire qui vont au-delà de leurs possibilités. Ils y cèdent et parfois s’endettent jusqu’à rentrer dans la catégorie des pauvres. Parfois ils résistent au prix d’une attitude de contrôle qu’ils assument ou qui les minent, souvent jusque dans leur corps.

Je reste persuadée que leurs réserves immunitaires en sont moins mobilisables et que des maladies, jusque là, dormantes, se réveillent, à la faveur de ces situations. Il y a une inégalité devant la santé à cause de beaucoup de facteurs mais aussi à cause du vécu de l’argent
C’est l’une des raisons qui me font élever vigoureusement contre la suppression des soins gratuits aux plus pauvres.

L’argent venu tout seul par héritage n’a pas la même valeur que l’argent issu du travail
De nombreuses figures pourraient être décrites, depuis l’ hyperattachement jusqu’au rejet de l’acceptation.

En France, on ne dit pas volontiers combien on gagne. Certains ont peur de perdre leurs petits avantages. D’autres craignent d’être jugés sur leurs revenus et non sur leur valeur, d’autres, c’est à cause d’un sentiment de culpabilité devant ceux qui travaillent plus et gagnent moins.
D’autres, enfin, craignent qu’on leur demande des comptes et en particulier, la Justice. Enfin, ceux qui ont de petits revenus évitent de le dire per crainte d’être jugés inférieurs.

Et puis, il y a veux qui ont de l’argent “ sale “… Alors,cela ne se dit pas.

Un fait nouveau semble apparaître. Les RMIstes disent plus volontiers qu’ils ont intérêt à le rester plutôt que d’être salariés. Il y a aussi quelques notables et des gens de gauche qui disent leurs salaires. Mais pas forcément leurs revenus.

A quoi tout cela tient-il? À l’esprit français. La tradition du “ bas de laine “, sans aucun doute. Car dans de nombreux pays, cela ne choque pas. Bien au contraire.

Mais en France, dans l’ensemble, la situation reste opaque et il y a peu de chance que cela change rapidement.
Pourtant tout serait tellement différent dans les rapports sociaux. Chacun se sentirait à sa vraie place et dans sa vraie dignité, celle qui n’a rien à voir avec l’argent. Il faudrait pour cela que ce tabou soit évacué.
On peut avoir de la valeur sans argent, tout autant que l’on peut ne pas avoir de valeur avec beaucoup d’argent!
Argent: poison de l’équilibre social


Jacqueline