Est asocial ce qui va à l'encontre de la société.
Je vous rappelle donc comment j'envisage la société.
L'homme est un animal essentiellement grégaire. Moi aussi.
Car vivre seul, me nourrir de ma cueillette, construire mon logis, me vêtir de mon tissage (sur un métier que j'aurais fait moi-même avec du bois d'arbres que j'aurais abattu avec des outils que... etc.), me soigner moi-même, fabriquer moi-même mes savoirs, j'en serais incapable. Et cela m'ennuierait à coup sur.
Alors je fais ce que je sais faire, et bénéficie de l'habilité d'autres hommes. Né parmi les hommes, animal social, j'ai pour moteur l'espoir de devenir meilleur et de rendre meilleure cette société où je suis.
Une vie sociale sans règle ni contrainte présuppose qu'aucun homme ne soit mauvais. En attendant (?), les sociétés humaines se sont construites grâce à des règles pour protéger le faible du fort au sein de communautés toujours plus importantes. D'où la nécessité d'institutions, au sommet desquelles, pour l'instant, l'état républicain.
L'inachèvement et les défauts de ces règles motivent la pensée et l'action politique de cette gauche où je me situe, la droite représentant la non-politique, la loi du plus fort ou du groupe supposé tel
. Donc l'asocial est celui qui use de sa force au détriment de l'intérêt général
Le loubard, celui qui tabassera un gosse pour lui voler sa Game-Boy ou ses Nike, que le procureur et la télé définiront comme "asocial" ou "marginal", bien que condamnable et lourdement condamné, fait partie des moins dangereux, car sa force, même avec un flingue, est physiquement limitée.
Les clochards, toujours plus nombreux même maquillés en "S.D.F." ne sont pas des asociaux. Ce ne sont pas des exclus tant ils sont inclus dans notre société qui les fabrique, et singulièrement dans nos villes. Ils ne les fuient ni ne se rebellent, ils y mendient seulement pour survivre alors que les beaux esprits trouvent que ce qu'il leur faudrait, c'est de la dignité.
La plus puissante force antisociale aujourd'hui comme naguère est évidemment la puissance économique.
Son pouvoir n'a plus aucune limite géographique et elle revendique que soient abolies les quelques limites morales ou légales qui subsistent
L'Accord Mondial sur l'Investissement (A.M.I.) se propose d'établir l'intérêt économique et commercial comme supérieur aux lois des Etats ! On nous serine sur les ondes "les contraintes économiques qui, comme toujours, rattrapent les volontés politiques..." (JM Sylvestre sur F.Inter) mais les avancées sociales ont toujours eu lieu quand la volonté politique a contraint l'économie ! Pensez à 1789, à 1936,... ! La puissance économique organise le chômage et la précarité : la bourse chute quand on annonce une diminution du chômage. Elle refuse ouvertement de participer directement aux dépenses sociales en réclamant une baisse des charges sociales. Sa lutte contre "l'étatisme", contre "l'Etat-Providence", contre "l'assistanat", alors qu'elle réclame aides et subventions, qu'elle se régale de marchés publics, montre son cynisme absolu et évidemment son asocialité.
C'est le fond de commerce de la droite politique de présenter ces choix antisociaux comme incontournables, et de limiter le rôle de l'Etat à la lutte contre "l'insécurité" : beaucoup de police et un peu de charité ("opération pièces jaunes", quel symbole !) ; plus aucun projet de construction sociale. Mais si les hommes politiques qui se réclament de valeurs de gauche hurlent avec les loups de cette terrible asocialité économique, une fois encore le peuple, les gens, montreront leur attachement viscéral au progrès social.
Pierre