La délation, le bien le mal et la bonne conscience.

 


La délation, c’est-y bien ou c’est-y mal ?

« M’sieur, y’a Kévin qui regarde dans les vécés des filles !

« Monsieur l’obermachintrucfurher, permetez-moi de vous signaler un dénommé Cohen…

« L’hospitalité corse, c’est sacré, même pour les assassins.

« Un instituteur signale à la D.A.S.S. un enfant battu par son beau-père…

« Mon conjoint a exterminé la famille Flactif, et je n’ai rien dit.

« Ce maçon travaille au noir.

« Les voisins font trop de bruit ce soir. J’appelle les flics.

 

Bien ou mal, ça dépend d’où on parle.

 

Mais pourquoi le délateur est-il méprisé ?

Il se fait traiter de balance, de rapporteur, de cafard, de donneur, de mouchard, de cafteur…

C’est compliqué !

J’élimine d’emblée deux cas :

-          la calomnie, hors sujet,

-          la pure malveillance, où le délateur se moque éperdument des faits mais ne veut que causer des ennuis à la personne dénoncée, ce qui est très vilain.

 

Le cas où le délateur, lui-même victime, cafte pour sauvegarder ses propres intérêts, après avoir eu le courage de discuter avec le fauteur de trouble s’apparente à la légitime défense.

Légitime donc et posant moins de cas de conscience ? ???

 

Mais quand les faits dénoncés sont réels et que le délateur les réprouve sincèrement ?

 

Idéalement, les lois et les règlements sont justes et les pouvoirs exécutifs capables d’agir avec discernement et mesure.

Donc allons-y, balançons ! Seuls les individus vraiment fautifs seront punis et leur punition sera juste et adaptée.

Ouais.

Encore que.

Encore que si je moucharde, je fais aveu de faiblesse. Les hommes, les vrais, règlent leurs comptes à main nues. D’ailleurs, du cerveau aux poings, le trajet est bien plus court que du commissariat à la prison en passant par le tribunal, les avocats et tout le bazar. Dans un monde où l’efficacité prime…

En plus, je suis soumis au pouvoir, alors que les esprits nobles sont révoltés.

Donc, le mouchard est un faible. Il sera conspué.

 

Ah oui mais non, justement, les sociétés ont inventé les lois pour protéger le faible du fort et équilibrer les rapports.

Alors on peut cafter ?

Cafter à qui ? Les flics sont des salauds et les juges des pourris, et ils sont soumis au grand capital. La balance est un ennemi de classe !

Mais enfin, je suis un citoyen. Donc je participe à la hauteur de mes moyens à rendre notre société plus sure. J’essaie de raisonner les cinq mecs qui s’apprêtent à violer cette jeune femme dans mon R.E.R. Et depuis que j’ai un téléphone portable, je signale immédiatement à la police le numéro des voitures qui grillent les feux.

Ça va pas, non ?

 

Et puis il y a la compassion, « souffrir avec », sentiment fondateur de la société, qui fonctionne bien mieux avec les proches. Mon cousin conduit bourré, j’essaie de lui parler mais c’est tout. La femme « couvre » son mari qui maltraite ses enfants. Celui qui héberge Yvan même s’il le désapprouve. Et qu’a pu éprouver la compagne du meurtrier des Flactif ?

Bon. Respirons.

Pour dénoncer en ayant bonne conscience, il faut deux conditions minimales :

1)       Etre d’accord avec la « loi » qui a été enfreinte.

Facile d’appeler la police quand on voit des cambrioleurs entrer par la fenêtre chez son voisin absent et qu’on est en sécurité – sauf si « la propriété c’est le vol ».

Et si on est persuadé que les lois anti-juifs sont justes, c’est même un devoir de dénoncer Cohen. Beurk !

Mais il m’est arrivé d’aider un immigré en situation « irrégulière » à passer entre les mailles du filet, comme naguère d’autres ont caché des juifs. La conscience contre la loi.

 

2)       Avoir confiance en l’autorité pour agir de manière juste et me protéger contre les représailles.

Excès ou défaut, flics, juges et matons sont trop souvent mauvais.

Je ne supporte plus le bruit de mes voisins, mais ils sont Maliens, et je crois qu’ils n’ont pas tous des papiers. Alors si je leur envoie des flics…

Et que dire de l’amertume de ceux qui, fonctionnaires consciencieux ou contribuables indignés, ont dénoncé les malversations de l’ancienne mairie de Paris ?

 

Dénoncer est un acte de foi. Foi en la loi, foi en l’autorité. Pas facile !

 

 

PierreG. 9/03