Nous pouvons décider de la chaine de télŽévision , choisir l'émission de la radio, et acheter le journal voulu. Mais nous ne décidons pas des panneaux publicitaires placesŽs sur la route, dans les rues, dans le métro et parfois sur les collines ˆ l'entrée des villes. Ces panneaux sont une agression pour la vue et une obligation pour le regard de se poser dessus.
Ces panneaux rappellent le rythme à suivre dans la vie par nous consommateurs: C'est la rentrée, c'est No‘l, ce sont les vacances de ski, d'été, et il faut partir ˆ la neige ou au soleil. On peut ne pas allumer sa télé, on peut ne pas allumer sa radio mais on ne peut pas se déplacer les yeux fermés.
Et l'image de la femme sur ces panneaux évolue comme sur les autres supports publicitaires. Le journal "Marie-France " de septembre 2001 publie un article sur ce sujet : "Ce que la pub a fait de nous". Je résume ici l'article. En 1950 c'était la femme "la fée du logis", dans les année 70 la femme sert les fabricants d'électroménagers et de machine à laver pour se libérer des taches ménagère. En 1980, la femme parait active et dynamique dans sa vie et dans son travail. Et enfin la femme et l'homme apparaissent sur les panneaux de plus en plus nus. Et cela au profit de qui et pour la libération de quoi?
"La femme Perrier" de 2001 évoque une certaine vulgarité. Mais faut-il s'en indigner? Après tout, chacun est libre des valeurs de la dignité. Mais il me semble que ces panneaux sont une autorisation officielle pour un certain regard sur l'homme, la femme et leur rapport. Nous pouvons et nous avons le droit d'avoir et d'exposer avec nos amis et nos intimes les sujets, les thèmes les plus drôles, vulgaires, sensuels ou pornographiques. Mais lorsque l'image est face ˆ nous, et occupe l'espace public, devant Leclerc, devant l'Hôpital ou l'école et que nous passons sans pouvoir lever la voix, sans pouvoir dire "je ne suis pas d'accord", c'est comme si une certaine "normalité" nous était imposée.
Pour mieux illustrer mes propos imaginons la meme agression sous forme auditive . Vous étés à Auchan ou Leclerc pour faire vos courses. Quelqu'un décrit dans un micro pour le grand public le même panneau publicitaire :" une femme porte un string, on la voit de dos, on voit l'étiquette de son string, ... et ainsi de suite. Et pendant ce temps nous devons continuer ˆ chercher nos bouteilles de lait et le carton de lessive et le kilo de tomate et comparer les prix, faire taire le gamin qui veut un Kinder etc...Nous faisons semblant de ne pas entendre et continuons nos activités habituelles sans protester. Ce silence est une faon de se soumettre ˆ cette image qui nous choque.
Je ne suis pas d'accord avec cette façon d'imposer une norme. Nous, citoyens et consommateurs nous avons besoin d'un espace oo nous montrons que nous ne voulons pas subir ces publicités. Il existe heureusement un Bureau de Vigilance pour la Publicité (BVP), qui critique certaines publicités. Pour le moment je ne sais pas de quelle institution elle dépend et comment le commun des mortels peut-il lui transmettre son opinion? En attendant, je me concentre pour ne pas parler toute seule dans la rue devant ces panneaux.
Mehrnaz Katouzian-Safadi