Comment parler du mensonge sans aborder la vérité ? Qu’est-ce que la vérité ? La vérité existe-t-elle ? Quel rapport entretien-t-elle avec le mensonge ? Le mensonge est il la négation de la vérité ? Le mensonge est il une partie particulière de la vérité ? Pour prendre une image, si la vérité est une bosse, le mensonge est-il nécessairement un creux ? Le mensonge est il négatif ? condamnable ? ou à contrario : utile ? indispensable ? Une vérité à l’envers ? La négation de la vérité ? Un travestissement de la vérité ?

Est-ce que lorsque nous mentons, nous évitons systématiquement de dire la vérité ?

 

Qu’est ce que la vérité pour un avocat ? pour un prêtre ? pour un médecin ? pour monsieur tout le monde ? pour un enfant ? pour un adulte ?

 

Y a-t-il un rapport entre le nombre de personnes qui pensent la même chose et cette chose vécue comme vérité ? En d’autres termes, lorsqu’une seule personne affirme une donnée à contrario de la plupart des autres, ment-elle?

 

 

Je pense que le mensonge, comme la vérité, sont des points de vue, des angles d’attaque particuliers, des aléa historiques et (ou) religieux, basés sur les âges de l’homme, les cultures, les traditions et les croyances.

Je définirai la vérité comme étant un fait reconnu par les membres d’une même culture, d’une même communauté religieuse, d’une même croyance ou d’une même tradition. On pourrait alors dire que cette vérité vérifiée par les dire, les faire ou les pensées de ces membres est parfois mise à mal par le mensonge que je désignerais comme un acte volontaire ou non, allant à contrario de la vérité énoncée par la majorité desdits membres.

 

L’acte de dissimulation d’une vérité peut s’appeler mensonge. Mais il ne peut en aucun cas s’apparenter d’une manière permanente à de la malveillance. Il me semble ainsi qu’un certain nombre de mensonges s’apparentent à la recherche d’une paix sociale, affective, familiale ou amicale.

Mentir peut en effet être très utile aux liens sociaux. Dans un couple –quel que soit le lien qui unit ce couple : affectif, amical, professionnel…- le mensonge sert quelquefois à préserver d’un conflit inutile et stérile autour d’une question qui est connue comme une question de discorde ou de désaccord. L’une des deux protagonistes va alors sciemment mentir afin de préserver le lien.

L’on pourrait dire, néanmoins, que le mensonge sert souvent d’avantage plus l’un des deux protagonistes que l’autre ; sert, dans le sens rend service ; puisqu’il épouse toujours la logique du menteur au détriment de l’autre qui ne perçoit pas le mensonge énoncé.

Dans ce cas de figure d’un mensonge, on peut distinguer deux cas de figure : le mensonge énoncé volontairement par le menteur, et le mensonge posé sous la contrainte d’une question embarrassante, ou dont on veut éviter les complications d’autres questions plus précises.

 

 

 

Mais il y a un autre type de mensonge, c’est celui du menteur qui ne sait pas qu’il ment. Le cas général est simple, comment peut on volontairement mentir, si l’on ne connaît pas la vérité. Il se peut donc qu’un individu mente parce qu’il ignore qu’il est en train de contredire une vérité…

Le cas le plus fréquent est celui de l’âge d’enfance… Si le petit Paul annonce un jour à ses parents : le rhinocéros est rouge ; lesdits parents, en bons éducateurs qu’ils sont vont plaisanter autour de cette question, rectifier auprès de l’enfant, et montrer des photos (preuves des faits ! que l’on sait aujourd’hui souvent battus en brèche par la manipulation odieuse des images que font quotidiennement les médias ; voilà encore d’autres mensonges –ceux des images- sur lesquels je reviendrai). Mais le jour où l’enfant va déclarer qu’il a aperçu au coin de la rue son grand père mort il y a quatre ans, que cet enfant a l’âge « raisonnable » de 8 ans, que le même enfant a assisté aux funérailles de défunt-grand-papa, ses parents lui répondront peut être mi-sévère, mi-inquiet : « mais petit Paul, tu sais bien que grand père est mort il y a quatre ans, arrête de dire des mensonges ! » Cà y est le mot est prononcé !

Alors que :

1                    La frontière entre monde fantasmatique et réalité chez un enfant de cet âge étant si mince, qu’il a pu « réellement » voir son grand père tel qu’il le décrit ; l’image mentale étant si forte qu’il l’a prise pour réelle donc pour vraie ; et que dès lors, s’il ment, c’est donc par méconnaissance ou refus inconscient de cette réalité, de cette vérité, et non pour mentir ! Cà ne peut donc être considéré comme un mensonge, puisque le sujet ne voit pas –au sens n’accepte pas-  la vérité.

2                    Ou alors les fantômes existent vraiment, et c’est encore moins un mensonge pour l’enfant, mais çà en reste un dans notre culture qui ne croit pas majoritairement au mensonge jusqu’au jour où la vérité sur les fantômes nous sera révélée !

 

Là encore, je prétends que nous avons besoin de ce mensonge là. Si de tels mensonges peuvent faire vivre plus longtemps les êtres aimés et disparus, alors vive le mensonge ! !

 

Que dire sur la durée de la vérité, et donc, celle conjointe du mensonge ? Nous savons tous que ce qui est vérité scientifique un jour, peut être contredite un autre jour. L’histoire des sciences est emplie de ces phénomènes.

Nous assistons donc là à un mensonge particulier : c’est celui qui consiste –souvent pour une personne seule, ou un petit groupe humain – à faire la démonstration que ce qui est considéré comme étant son mensonge à lui, est en fait la vérité, qui vient en quelque sorte détruire, annihiler la vérité dogmatique jusqu’alors établie.

Un seul exemple parmi de nombreux : Galilée ! En annonçant « qu’elle tourne » il contredit ainsi la position officielle d’une église dogmatique qui prétendait la terre plate et immobile dans l’espace ! Qui avait raison alors ? Les deux mon capitaine. Car les croyances, les représentations du monde, des autres, des évènements sont autant de fortes vérités qu’une démonstration mentale ou scientifique.

La force du nombre –les prêtres de l’Eglise catholique et apostolique de l’époque » et sa foi -font loi et vérité contre la démonstration scientifique –du fait d’un seul et unique homme.

Avec un peu d’empathie vers ce pauvre Galilée –à qui dire la vérité lui coûta très cher- je souscrirai à un mensonge, gardant cette vérité du mouvement de la terre vers les siècles futurs, ou dans de secrets écrits destinés à être ultérieurement découverts, afin de garder ma liberté.

 

C’est la parfaite démonstration qu’un mensonge est plus confortable qu’une terrible vérité qui bouleverse la vision établie par des dogmes –religieux, de pouvoirs, politiques ou autres. Grâce à ce mensonge –ou à cette dissimulation d’une découverte scientifique, ce qui revient à un mensonge par omission- nous eussions pu d’avantage profiter d’autres éventuelles découvertes de ce génies de l’astronomie plus facilement générées par la liberté. Et ne pas mentir alors porte un terrible préjudice à la vérité universelle.

 

Une autre sphère dans laquelle je considère que le mensonge –défini comme un travestissement de la vérité – est utile à l’homme, c’est bien celle du fait artistique, et plus spécialement du fait pictural.

La structure onirique de certaines créations –je pense en particulier à Jérôme Bosch, et aux symbolistes comme Gustave Moreau, ou Odilon Redon – donne à voir une forme particulière de la réalité, qui est en une forme mensongère.

La forme naïve –chez Rousseau, et celle de l’école yougoslave-, la forme fantastique –celle de Dali en particulier- les « Fauves » dissimulent aussi la vérité dans leurs outrances coloristes ! Une vache bleue, ou un œuf suspendu au dessus d’une poêle sont des mensonges du pinceau ! Mais curieusement ces derniers sont totalement acceptés, même s’ils sont volontaires, parce qu’ils sont du domaine de l’imaginaire de l’artiste, des créations de l’esprit nées sous les doigts du peintre, et qu’ils permettent au spectateur de fuir la réalité, de rêver, de vibrer, d’avoir des sensations inédites !

 

C’est ce que je veux dire.

 

Cette fonction d’évasion que l’on retrouve dans le mensonge, c'est-à-dire s’évader d’une réalité ennuyeuse, ou d’une relation trop quotidienne, ou d’un univers dogmatique, ou d’un pouvoir trop pesant , est une fonction plus que tolérable, c’est une fonction nécessaire.

Nécessaire à la capacité de l’homme d’inventer, de réorganiser, de dissimuler, de créer, de dire, de penser, d’imaginer, de fabriquer SON MONDE A LUI !

Dans le mensonge, il y a l’enjeu et le jeu de son altérité et sa différence contre la norme établie, ou encore contre le pouvoir établi, ou encore plus simplement contre l’ennui, la routine et le quotidien. IL Y A UNE PRISE DE RISQUE INDIVIDUELLE.

 

JE DIS TOUT SIMPLEMENT QUE LE MENSONGE EST NECESSAIRE A LA VIE.

 

 

 

Thierry JOUINOT

 

le 4 Mars 2005