Mentir, c'est si vilain. Et le voilà érigé en besoin... Cela devient plus confortable. S'il est besoin, il est tout à fait légitime... Comme est légitime de tromper le fisc qui fait un si mauvais usage de mon argent, de "piquer" chez le commerçant qui est de toutes façons un voleur, de brûler le stop qui ne sert à rien...
Quand et à qui ment-on ? A soi et aux autres.
Qu'est-ce que mentir ? Est-ce que je mens quand je me travestis avec un peu de maquillage, que je cache mes cheveux blancs, que je donne donc une fausse image de moi.
La vie en société serait-elle possible si chacun se permettait de dire aux autres tout le mal qu'il en pense... Il y a sans doute vaste nuance entre dire qu'on aime quand on déteste et détester ouvertement. Est-on toujours "vrai", est-ce souhaitable ?
Ne commence-t-on pas par se mentir à soi-même ? Je vis chaque instant comme si je n'allais pas mourir, alors que je sais très bien que j'y vais droit et que c'est même ma vérité essentielle. Je remarque souvent à quel point j'observe mieux la réalité de mon âge dans mon corps que dans ma tête. Je me mens ?
Poussant cette indulgence un peu loin, certains mentent et se mentent jusqu'au ridicule et à la fabulation, niant leurs lacunes, leur âge, leurs défaillances. Un de mes vieux amis, perdant sa dextérité, peste sans cesse contre les fermetures éclair moins sûres, les écrits moins lisibles, sa femme qui ne parle pas assez fort et, mais je l'invente, la terre devenue trop basse !
Et si comme moi, il se sauvait du désespoir...
Quelle est donc la ligne rouge ? La transparence parfaite est illusoire et ceux qui m'ont enseigné l'interdiction de mentir... m'ont menti.
Il me semble que la limite pourrait-être l'interdiction de nuire, de léser, de tromper. Quand dernièrement un ministre s'installe un peu trop au large, l'opinion publique lui reproche d'abord la distorsion entre son discours et ses actes. S'il n'avait pas autant "menti", il aurait pu rester en poste. Même à un personnel politique à qui si peu accordent encore du crédit, le mensonge conscient, orchestré, instrumentalisé, n'est pas pardonné.
Nuance entre mentir et tromper, entre mensonge et abus de confiance qui, lui, nuit gravement à la relation future ? La gravité du mensonge, petit ou grand, n'est-elle pas d'abord l'impossibilité de faire confiance à qui est reconnu "menteur" ?
Michèle